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dimanche 28 août 2016

Poème#16[Quand vous avez confiance]




Quand vous avez confiance en votre pipe, en l'objet et dans sa préparation, le tabac bourré par l'index tâtonnant, le feu blotti contre le bois et la couche de cendres qui résistent aux vents, vous pouvez profiter pleinement de chaque bouffée.

La fumée légère explore l'antre de la bouche, coule comme le plaisir et vous apprend à voir en fermant les yeux, à sentir le là des arbres, à écarter les machines dévorantes, à attendre que chacun vienne à son heure et à embrasser la joie du monde.


                                                                                               T.V.


Poème#15[En fumant la pipe]




En fumant la pipe, j'ai compris la douceur du monde et ma lenteur féconde. J'ai senti le doux et le suave de la fumée entrer ma lèvre et le contentement de la bruyère. L'élan du faire l'amour m'a envahi et j'ai su que toute violence est une douceur perdue.

Le monde est une peau qui respire. L'éros est son souffle recueilli dans nos lymphes. L'écriture est la caresse de la pensée sur le papier. L'instant surgit quand le bois, la langue et la peau se trouvent sans la pensée, se tissent sans métier et se tiennent dans le temps.


                                                                                                T.V.

Poème#14[Je n'écrirais plus]




Je n'écrirais plus de vers
ni de rimes
C'est agresser les mots
les sculpter
pour qu'ils entrent les cages

C'est vouloir
leur donner une valeur
qui ne vient pas de moi
Comme si leur propre sens
ne suffisait pas

Écrire sur le sable
Effacer les rythmes
et les rimes



                T.V.

Poème#13[Les arbres]




Les arbres respirent sans bruit,
Nous ne les entendons pas.
Leurs sèves grimpent jusqu'aux feuilles
Dans de silencieux fracas.


                                            T.V.

Poème#12[L'arbre va]



L'arbre va droit ou se tord.
Et s'il cherche la lumière,
Il ne la capture jamais.


                          T.V.

dimanche 15 novembre 2015

Poème#11 [J'ai mal]



J’ai mal

J’ai mal la douleur est constante

Des instants de joie qui restent
                                              bloqués
Un présent qu’on ne se sent plus
                                                 dans le ventre
J’ai bien peu de gens
                               dans la tête
Quelques bras coincés 
                                  dans la gorge
Une accumulation de craintes
                                            non-réglées
Une énumération de doutes
                                         non-facturés

Hevel havalim
J’ai mal à la vie

La science nous présente la mort en option
Son corps abandonné par la vie
vide de sens
vide de pensées

La science nous présente la mort en option
Mais la retient la garde pour elle

comme l’homme garde le droit
                                              de tuer
La vitesse de se moquer
                                    du passé
la technologie de se proclamer
                                             destin

Hevel havalim
J’ai mal à la vie

Des machines, des tubes, des appareils de mesure
Traversent un corps
qui n’est plus un corps
qui a perdu toute mesure

N’est plus parmi nos corps qu’une âme
que nous aimerions atteindre
Alors que nous ne croyons plus aux âmes

Hevel havalim
Il va, s’élève, reste ici-bas
Nous restons si bas
Hevel havalim
J’ai mal à la vie

Oh vous corps lointains déjà abandonnés par le sang
Pourquoi ne trouvez-vous rien à dire ?
Vous n’oubliez pas que nous sommes à l’occident
Nous avons perdu l’orient, notre orient et notre ciel
Le partage de notre ciel et le partage de nos chairs

Il va, s’élève, reste ici-bas
Hevel havalim
J’ai mal à la vie

Oh vous corps meurtris par la guerre
celle que notre paix vous apporte
Oh vous gens déformés par la faim
et la misère que nous acceptons chaque jour
Pourquoi êtes-vous impuissants à nous consoler.


                                                      T.V.

lundi 17 août 2015

Poème#10 [M'allonger]


M'allonger
La terre
Sombre par la pluie
De cailloux
Est inaccessible
Plus d'ongle


T.V.

Poème#9 [Je te nous]


je te nous
trois ou quatre mots
seul compte
le feu la lumière
c'est toujours le même
à réinventer
ne veut rien dire
veulent tout dire
à l'instant
entre toi et moi


T.V.

Poème#8 [Le merveilleux]


Le merveilleux se dissout dans l'eau plate
Le vide du monde en soir rouge
Jusqu'aux écrins de l'orage

La Terre n'est plus ronde
Elle disparait sans revoir ni cache-cache
Ne laisse rien

Et je l'entends parler à ses chiens


T.V.

Poème#7 [Les soupirs de rage]


Les soupirs de rage
Se collent à tes ouïes de chat
Tu vois à l'envers des œillères
Au vautour du chemin :
Cascades en maison
Arbres en chantier
Tram-horizons

Cueillant l'orage
Pixel par pixel
Tu dénoies le monde
Le tais le terre l'enimage


T.V.

Poème#6 [Je mime]


Je mime de m'endormir
Et pose ma main sur ton ventre
Afin que le matin nous éveille du même rêve

Tu as tiré tout le sommeil à toi

Ta respiration douce et lointaine
Gonfle mes muscles
Des journaliers qui ont couru ta tête

Le soleil est trop loin


                           T.V.

Poème#5 [Nous ne cédons jamais]


Nous ne cédons jamais au malheur mon corps
Et sommes perdus l'un pour l'autre

Nous ne sommes pas assez fort mon coeur
Pour surpasser notre douleur


                                           T.V.

Poème#4 [Chatte vêtue]


Chatte vêtue de noir
Insaisissable dans le soir du monde

Comme si tu portais le deuil
De la petite mort à venir


                          T.V.

Poème#3 [Dans le monstre]


Dans le monstre de mon père
Dans le clapotement furieux des marées
Dans la roche granitique des ancêtres
Dans la cendre boueuse
Dans la modernité des villes
Dans la poussière capitalistique
Dans l'espace armé
Dans le hall de gare des sentiments
Dans la flèche de la passion
Dans le zinc sans soleil
Dans le cuivre des banques
Dans le sable de la peine

Je batis ma demeure


                   T.V.

Poème#2 [Ouvert dans]


Ouvert dans la roche profonde
Le siège s'empare des plumes du ciel
Son peu de sombre combat la douleur
Dont le dresseur d'ours perd le fil


                                       T.V.

Poème#1 [Ni dans son antre]


Ni dans son antre
Ni dans l'océan
La terre ne se retire

Corps fatigués
Chassez les pas dans le sable
Immobiles


                          T.V.